Six cépages blancs dans le noir

Dégustation du club sans nom - Jeudi 17 avril 2008 –

Soirée dégustation chez Carole&Philippe. Philippe s’y colle. Il a l’air du boxeur prêt à en découdre. Tendu mais fin prêt. En effet il a des feuilles blanches devant lui, l’oeil vif et 6 bouteilles bien emmitoufflées sur la grande table de la cuisine.
Je tairais le nom des absents qui se sont dégonflés… dommage.
Sans se concerter tout le monde a apporté de la charcuterie. Un festival de bonnes odeurs. Le mois dernier, c’était le fromage. Tous branchés sur la même fréquence.
Philippe annonce la couleur : blanc.
Il est allé les chercher à la cave de l’Insolite 30 rue de la folie Méricourt, un repère à connaître, pour les conseils du caviste hors pair, une perle de la rue, qui est en sens interdit, mais on peut se garer devant avec un peu de chance.
Du coup on est sûr que ce sera bon – pas comme la dernière fois avec les syrahs…
Philippe nous annonce que le jeu sera de deviner le cépage et la région.
Ca marche à tous les coups, chacun se gratte la tête, nous sommes restés des mômes plutôt sages au début alors on parle chacun son tour … en se forçant à ne pas lever la main au début pour le premier vin.
Nous avons presque tout deviné.
  1. Le premier a un nez citronné qui évolue vers le floral, une bouche fraîche, un peu perlante avec de petites bulles qui picotent. Pascale, très concentrée, dit qu’elle le connait elle l’a déjà bu et tente la Loire, même la Vendée, de mon côté je risque le sauvignon en croyant reconnaître le fameux nez caractéristique de buis, pipi de chat, bourgeon de cassis. Flop de mon côté mais Pascale a tapé dans le mille : le cépage est le melon, le melon du muscadet sur lies (d’où le picotis) Amphibolite muscadet Sèvre et Maine du domaine Landron.

  2. Laurence adooore le chardonnay grâce au meursault que lui ramène son valeureux compagnon dégustateur. Elle le devine au premier inspir qui monte à sa narine et se répand dans son cerveau reptilien… les neurones sont fortiches question bourgogne. bingo : Le petit tétu de Jean-Marie Berrux, un chardonnay fin et élégant.
  3. Je bluffe un peu en devinant les formes fines de la bouteille d’après, que je crois plutôt venir des versants alsaciens, le nez que je définis comme un peu pétrolé, je hasarde, riesling mais cela pourrait être sylvaner. Réussite ! Riesling de Gérard Schueller. (Une merveille avec un poil de vanille qui ne maquille rien). « Certains disent que les rieslings donnent les meilleurs vins blancs du monde ! »
  4. Celui là nous a moins ravi et moins inspiré, personne n’a trouvé, il nous a paru plus fort en alcool, mais c’est normal personne n’était vraiment familier de ce vin de Haute Savoie et de ce cépage la roussane Domaine Georges berlioz chignin-Bergeron.
  5. Arrive enfin – enfin parce que j’aime beaucoup ce cépage – le sauvignon, avec toutes les caractéristiques citées plus haut et bien plus encore : un côté bonbon très sucré, de la violette, bien plus complexe que les sauvignons que je fréquente. Un sauvignon du sud… assurément, tout le monde s’accorde mais d’où ? là on palabre et donnons notre langue au chat ! Sancerre Akméniné 2006 Sébastien Riffault . Il est très étonnant et revigorant.
  6. Le petit dernier, on l’attend toujours avec un brin d’émotion, car en dégustation c’est souvent le meilleur, le plus cher, le plus atypique ou le plus sucré que l’on place là. En effet, nous tournons furieusement nos yeux dans nos orbites et notre langue dans notre palais sans sortir un son. Virginie lâche tout à trac « cognac » je surenchéris « Charente » … Philippe hopine du chef l’air malicieux… comprenons : c’est une bonne piste. Ugni blanc ? barocco ? les cépages du cognac, non aucune réaction du chef de cérémonie. « Il a un nez de curry on dirait le Jura mais vieux », glisse Pierre, étonné. Philippe jubile… et tout le monde se tourne vers celui qui l’a déniché et qui consent enfin à nous dire quel est ce vin bizarre : un cépage menu pineau du domaine Courtois père et fils en Sologne, une cuvée du fils Julien Courtois, un vin de voile comme on les pratique dans le Jura ou dans le sud de l’Espagne, pas ouillé, c’est à dire que dans le fût, le vin est laissé au contact de l’air sans que soit remis du liquide après évaporation, formant un voile et se développent des arômes caractéristiques de noix fraîche.

Bravo Philippe de nous avoir captivé et régalé ! La fois prochaine c’est Carole qui s’y colle… A suivre.