Consommateurs français… sauvons les Muscadet 2009 !

 

Philippe Guérin  joue le temps  pour réaliser des Muscadet sur Lie plus complexes  (Photo P.G.).

Entretien exclusif Vin&Chère - Philippe Guérin,  un « jeune vigneron » de 46 ans qui produit des Muscadet depuis  25 ans,  évoque l’enjeu des prochaines foires aux vins pour le vignoble Sèvre et Maine.

 

Vin&Chère.  Pourquoi y a-t-il une crise dans le Muscadet actuellement ?

Philippe Guérin Nous sommes dans une phase de surproduction au niveau mondial.  Les vignerons du Muscadet continuent d’arracher même s’ils ne touchent plus de primes. A cela s’est ajouté un phénomène de gelée en 2008 qui a grippé les ventes au niveau commercial. Dans le muscadet, les vins sont commercialisés en majorité par les négociants. En 2008, les gelées survenues  ont fait perdre énormément – j’ai perdu  le tiers de ma récolte. Alors les cours sont montés brutalement, la grande distribution a répercuté la hausse, mais n’a pas bien vendu et  80 000 hectolitres ont fini à la distillation.  Très prochainement deux millésimes vont se bousculer à la vente, le splendide 2009 et les bouteilles « Sur Lie » 2010,  qui seront débloquées en mars prochain. Même s’ils présentent un meilleur rapport qualité prix que le 2008,  il va falloir se battre pour que les grandes surfaces s’approvisionnent pour leurs foires aux vins 2011.

V&C. Que pensez-vous des mesures d’aide aux vignerons prises récemment par l’Etat et le Conseil régional pour sauvegarder les Muscadet ?

P.G. C’est un engagement sur cinq ans qui comporte un certain nombre de contraintes et que peu de gens vont suivre à mon avis. Pour ma part, je vais procéder à un arrachage sec, car les primes octroyées ne sont pas intéressantes.

V&C. Le plan prévoit aussi des aides à la conversion à l’agriculture biologique pensez vous que ce soit une bonne chose pour l’avenir ?

P.G. Les vins sous logo AB offre, il est vrai, de nouveaux débouchés commerciaux, il existe une demande.  Je ne suis pas en bio mon domaine est certifié en agriculture raisonnée et lutte intégrée depuis 2006. Mais je vois bien qu’un plan incitatif comme celui là  risque de faire convertir des vignerons juste par opportunisme sans motivation profonde. Cela ne correspond pas à la vision que j’ai de l’agriculture biologique qui, pour moi,  suppose une philosophie et une approche globale de la vie. Par ailleurs il faut savoir que notre vignoble est à 80 km de la mer, c’est extrêmement difficile avec un climat océanique  comme le nôtre avec une douceur balayée par un vent qui apporte de l’humidité de s’interdire tout traitement. Le mildiou est extrêmement virulent et peut tout détruire.

V&C. L’image du petit vin blanc acide est elle encore d’actualité selon vous, vous qui faites partie des vignerons modernes du Muscadet, qui avez adapté les savoirs faire anciens au service d’un style plus complexe,   avec une fermentation en fût de chêne et des récoltes de raisins très mûrs pour certaines cuvées ?

P.G.Quand vous demandez dans la rue à un consommateur  de donner le nom d’un blanc sec français, le muscadet vient tout de suite à l’esprit. Mais il conserve toujours l’image du petit vin acide  alors qu’il n’a jamais été aussi bon qu’aujourd’hui. J’ai la chance de posséder de vieilles vignes de plus cent ans, j’adopte la surmaturité. A la demande de  mes clients, j’ai pu faire quelques cuvées sans  SO2, ce qui est possible parce que le muscadet reste protégé de l’oxydation par le CO2 de la fermentation. J’ai toujours une barrique de 2002 que je goute régulièrement, c’est très étonnant, le vin présente un côté oxydatif comme ses cousins du Jura.

V&C. Pourquoi cette inscription sur l’une de vos étiquettes, 1795 ?

P.G. C’est un clin d’œil à ma généalogie. Le domaine Des Pèlerins  s’est transmis de père en fils depuis 1795. Je représente la cinquième génération, seulement, avec un grand écart d’âge entre chacune.

V&C. Le muscadet conserverait il alors ?

P.G. Peut être bien !

Et les vins de Philippe Guérin ? Voici les résultats de la dégustation de trois cuvées AOC Muscadet Sèvre et Maine au rapport qualité prix imbattable.

  • Muscadet sur lie « Souverain » 2009 médaille d’or Paris 2010 CGA, prix 4,20 €.

Un blanc espiègle, pétulant, tout en fraicheur,  dont l’origine est sans doute la plus facilement identifiable de toute la gamme, une version classique, très bien faite.

Avec ? des huîtres et des bigorneaux»

Pour Philippe Guérin : « style fringant ».

  • Muscadet sur lie Vinifié en fût de chêne 2009 prix 6 €.

Il évoque la couleur jaune, le genêt, la vanille et le  citron assagi, le style est tourné vers la modernité, et devrait plaire aussi aux clients du Nouveau monde, assorti d’une belle longueur et d’une finale chaleureuse.

A table ? une poêlée de saint Jacques, plat avec sauce à la crème.

Pour Philippe Guérin : « fermentation alcoolique en fût de chêne sur lies pendant 11 mois, batonnage »

  • Clos de la Pingossière Vallet 2005, prix 7 €.

Un style atypique pour l’appellation, travaillé pour obtenir le maximum de structure au service de la complexité. A servir à l’aveugle à des connaisseurs qui pourraient être surpris de ce Melon de Bourgogne pas trop acidulé, mais dont l’abord perlant laisse place ensuite à un joli gras pas si fréquent dans ce pays là. Un beau vin racé.

A table  ? viandes blanches, beurre blanc et fromages.

Pour Philippe Guérin  « un goût fumé beaucoup de minéralité due aux sols schisteux, des vieilles vignes de plus de 100 ans pour certaines, fermentation en cuve, sur lies pendant 40 mois, battonnage deux fois par semaine pour obtenir du gras »,

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Philippe Guérin
Domaine des Pélerins
44330 Vallet
Tél. : 02 40 36 37 34
 
 

« Bu modérément, le bon vin est un élément de notre équilibre diététique », la devise du domaine Les Pélerins.

En savoir plus sur le Muscadet:

site des vins de Loire

et sur la crise des Muscadet :