Au comptoir avec le vigneron Régis Chawaf et le caviste Christophe Guitard de La contre-étiquette

Christophe Guitard (à gauche) ne sélectionne que des vignerons singuliers, comme Régis Chawaf (à droite) Photo M.S.

Rencontres de comptoir – » Le vin doit être mûr ! », déclare tout de go Christophe Guitard, co-responsable   du site La contre-étiquette qui nous invite à découvrir un jeune vigneron champenois  Régis Chawaf (Leventre-Dedieu) référencé depuis peu.

La contre-étiquette 31 rue Sainte Marthe 75010 Paris (photo. M.S)

Les amoureux de vins ont bien vite repéré cette nouvelle adresse nichée depuis deux ans à 300 mètres du  métro Belleville dans le  10ème arrondissement sous l’enseigne « Marchand de vin ».  C’est aussi la base du site de vente de vins en ligne www.lacontre-étiquette.com (ex ochato.com) créé par Christophe Guitard et Sylvain Mauger. C’est là que sont stockées 400 références de bouteilles, exclusivement des vins français. Régis Chawaf (http://leventrededieu.wordpress.com) fait partie des vignerons sélectionnés, tous les deux nous expliquent leur histoire…

Vin&Chère : Comment vous êtes vous rencontré tous les deux?

Christophe Guitard : J’ai goûté le champagne de Régis chez un ami commun, qui tient le restaurant L’Alchimie dans le XVème arrondissement à Paris. Je l’ai trouvé  intéressant et son histoire aussi qui est un commencement…

Premiers champagnes de Régis Chawaf aux racines champenoise et syrienne (photo M.S)

Régis Chawaf : … Ma mère possède 3, 57 hectares à Verzenay, un village champenois classé en grand cru. Actuellement les terres sont louées à des métayers qui revendent les raisins. Quand j’ai décidé de renouer avec  le métier de vigneron exercé par mon grand-père et arrière grand père, car ma famille est installée dans la vigne en Champagne depuis 1730,   pour faire mon champagne, il m’a fallu retourner à l’école. L’an passé j’ai  passé à Avize mon brevet professionnel (BPRA) en accéléré ce qui est indispensable pour avoir le droit d’être vigneron.  J’ai un numéro « MA » de manipulant,  pas encore de récoltant… J’ai pu  acheter un peu des raisins des terres maternelles et aussi d’amis pour réaliser trois cuvées : un brut sans année, un rosé et un Grand Cru extra brut. J’ai un stock de 10 000 bouteilles. Pour la marque, j’ai enlevé le prénom « Georges » de mon grand-père, pour appeler mes champagnes Leventre-Dedieu, qui n’est pas une invention mais  juste l’association du nom de mon grand père avec celui de ma grand-mère.

Millésime 1999 issu de vignes Grand cru, un champagne mûr et racé.

V&C :  Qu’est ce que votre champagne Extra brut a de particulier ?

R.C : C’est  un brut sans année élaboré avec 60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay mais à 90 % avec des vins de l’année  1999, très faiblement dosés (1 gramme par litre) et peu sulfités. Il me fait un peu penser au ratafia – que l’on fait aussi…

C.G. : Ses bulles sont fines car il a vieilli longtemps, avec  un aspect brut de décoffrage que j’aime bien. Il n’est pas passé dans le bois, ce sont les raisins de terroir grand cru qui parlent, simplement,  il n’a pas besoin d’être attendri, et …quelle longueur en bouche ! Cette bouteille Extra Brut de Régis présente des notes d’évolution très intéressantes pour un prix vraiment très accessible à  32 €. Pour moi les vins doivent êtres mûrs ; je préfère vendre comme en ce moment un Châteauneuf du Pape de 2001 de Villeneuve à boire maintenant plutôt que son 2007 qui sera vraiment bien dans 15 ans. J’aime soutenir les gens qui ont une démarche singulière.

V&C : Comment votre site La contre-étiquette se démarque t’il  ?

Christophe Guitard aime aussi accorder les épices... avec art (photo M.S.)

C.G : J’aime soutenir les gens qui ont une passion, qui ne sont pas encore posés et sont en devenir, pour lesquels rien n’est jamais acquis, j’ai rencontré beaucoup d’artistes par ma formation en histoire de l’art… Régis allait devenir joaillier et puis il a changé de voie pour  revenir à ses racines. La centaine de vignerons avec lesquels je travaille ont tous  des parcours singuliers : Michel Guignier dans le Beaujolais est intransigeant avec le soufre, Gérard Descrambes  à Bordeaux n’a jamais chaptalisé. Ce qui m’importe c’est que le vin tienne la route. Chaque jeudi soir, une rencontre dégustation avec un vigneron est programmée. J’aime les accords en résonnance ; je compte organiser une  soirée  autour des accords entre les épices et  le vin,  il y a énormément de choses à faire.

R.C : Je suis moi-même issu d’un père syrien et d’une mère champenoise ; le vin m’a rattrapé.

Les épices à La contre-étiquette…

Mon chouchou : le champagne Leventre-Dedieu Extra brut (1 g de sucre maxi ) élaboré  avec des raisins en provenance de vignes classées Grand cru du millésime 1999  à 90 % (en vente  32 € à La contre-étiquette)…

Calendrier des dégustations hebdomadaires à la contre-étiquette…

Lire le reportage très complet de Bertrand Celce sur WineTerroirs, publié le 8/3/2011.

Cet entretien aurait dû paraitre normalement dans le Numéro 4 de Voyagez Vins trimestriel qui a été arrêté. Mais qu’à cela ne tienne, les blogs peuvent sauver les journalistes et leurs informateurs. Et la vie rester libre…