Deux vins de vignes préphylloxériques des sieurs Marionnet sur la piste du dancing de la Coupole

Deux cuvées hors normes, de vignes mère et fille, réunies par deux vignerons, père et fils, pour un tour de piste historique dans la brasserie mythique de La Coupole !

Bu à la Coupole – Deux verres. Deux numéros. Dans l’un, le produit d’une vigne mère de 160 ans plantée en 1850,  « la cuvée Provignage ». Dans l’autre, le vin issu d’un sarment de la vieille vigne bouturée, la  fille de 4 ans, « La pucelle de romorantin ». Même cépage romorantin de Loire, même millésime 2010, terroirs proches situés à  Soings dans l’appellation Cour-Cheverny – non revendiquée ici.

La cuvée la plus jeune était la plus vive.

Alors ? Toute la presse parisienne se pressait lundi 16 mai à La coupole autour des Marionnet père et fils. De 40 invités prévus à l’origine, ce sont finalement  80 journalistes et blogueurs qui sont  venus participer à cette dégustation de homards et de vins de Loire. Avec au programme quelques annonces fracassantes : la reprise des  thés dansants au dancing au plancher de bois dès la rentrée prochaine…

Le 16 mai 2011, toute l’attention était portée sur les verres.

De face, Jean-Sébastien (gauche) et Henry Marionnet (droite), Dominique Giraudier (groupe Flo) entourés par deux journalistes.

Cette vieille vigne de romorantin – sans doute la doyenne française jusqu’à preuve du contraire,  a été plantée en 1850 avant l’épisode du phylloxéra (entre 1872 et 1900). Tout juste 36 ares. On les dit « franches de pied ». La promesse d’une expression pure, car le porte greffe américain qui sert de support à la majeure partie de nos vignes aujourd’hui joue le rôle de filtre, dévie le goût pur d’origine d’après les Marionnet père et fils, grands spécialistes. Sur les 63 hectares du domaine de la Charmoise qui appartient aux Marionnet, Henry et Jean-Sébastien, 6 hectares sont issus de ces vignes pures, non greffées, comme au temps de nos lointains ancêtres. Les Marionnet se sont fait une spécialité des ces cuvées là, baptisées, Vinifera avec différents cépages :  sauvignon, chenin, romorantin (blanc) et gamay et côt (rouge) qui pourraient mourir si le phylloxéra venait à frapper à nouveau.

Les Marionnet avaient apporté cet échantillon de leur vieille vigne, la doyenne du vignoble français.

Et alors ?!

Le verre  n°1 tranche par l’assaut de l’acidité du citron frais, sans lâcher prise,  tout du long.   Mordant, fringant, tumultueux, aromatique aussi, la première  gorgée sur les gencives  redresse les colonnes vertébrales un rien avachies comme un coup de règle.  L’incarnation de la jeunesse impétueuse, pour moi c’est forcément la Pucelle de romorantin.   « La vigueur de la jeune vigne est extraordinaire, presque anormale« , commente Henry Marionnet.

Le verre n° 2 apporte une fraicheur acidulée assagie, plus de  rondeur, de gras, une belle longueur. L’ensemble est moins tapageur, plus causant, lumineux,  on y revient. La vieille dame est là, encore bien verte,  une Maude habillée de vert qui parle tendrement à Harold, la cuvée Provignage. « Les vieilles vignes restent jeunes plus longtemps », glisse  Henry Marionnet.

"Salade de homard accompagnée de croquants de haricots verts et de mangue" best seller de la Brasserie La coupole. "Very good !"

Autour de ma table, la plupart des gencives non aguerries se rétractaient prêtes à crier « Au scandale ».  Les recettes de homard avaient beau se succéder, concoctées par la brigade menée par le directeur technique du groupe Flo, Jean-Philippe Bourgueil,  les mots de mes consœurs verdissaient à hauteur de la verdeur éprouvée. La troisième cuvée  Provignage 2006 en magnum est arrivée juste à point avec « La salade de homard accompagnée de croquants de haricots verts et mangue » (38 €) spécialité de La coupole  pour apaiser les langues et  remettre toute la table d’aplomb.  Joli accord avec ce vin d’une belle élégance dans la rondeur et le fruit mûr qui sait garder sa fraicheur.

Domaine de la charmoise 41230 Soings - 02 54 98 70 73 www.henry-marionnet.com

J’engage tous les curieux à goûter ces cuvées là. La cuvée de gamay, nature, sans soufre, (en rouge) est pure merveille, issus de vignes franches de pied plantées en 1995. Et sachez aussi que tous les deux mois, la Coupole anime son menu avec une thématique de saison, le homard de printemps débarque du 19 mai au 30 juin 2011 avec la cuvée Pucelle de romorantin (54 € à la carte). Au bar américain, j’ai entendu l’accent  caractéristique, mais pas vu l’ombre de Woody Allen parti présenter Midnight in Paris sur la Croisette. A propos de  La Coupole, je vous invite à lire ce joli billet d’Aurélien Boillot.

Gare au lait fraise, il fut un temps où les dames mûres commandaient cette boisson en guise de clin d'œil aux jeunes hommes intéressés... (photos M.S.)