Vins de susier, d’ylang ylang, de géranium, d’angélique… d’une vigneronne passionnée de fleurs en Haute Marne

Les vins de Florence Pelletier sentent les fleurs, propriétaire récoltante en Haute-Marne, en conversion à l'agriculture biologique.

Rencontre  - Je vous entends déjà penser… du vin en Haute-Marne ? Mouais.  Ou ça  ?   Entre la Champagne (à l’ouest), la Bourgogne (au sud), la Lorraine (au Nord) et l’Alsace (à l’est).    Langres et son fromage sont à 35 km, Dijon et Nancy à 1 h 30, Paris à 3  H 30.  La campagne est formidablement jolie, verdoyante, boisée, des vaches qui broutent en paix, de douces collines, beaucoup de vert… même en pleine sécheresse. Et une viticultrice dont les yeux brillent…  Florence Pelletier.

Une quinzaine de flacons à goûter absolument dont une dizaine de vins de fleurs totalement insolites.

Cette blonde aux yeux clairs s’est installée à Coiffy-Le- Haut en 1996.   Le vignoble de Haute-Marne compte 26 hectares : 10 appartiennent aux Pelletier, 16 à la cave coopérative. Florence et son mari Pierre ont  planté de nouveaux cépages autorisés en 1996.  Leur rosé de gamay est une merveille : singulier, le terroir s’exprime dans le côté floral, la douce amertume structurante  et l’élégance : « une parcelle de trois hectares d’un seul tenant convertie à l’agriculture biologique dès la première heure ». Les vins rouges sont issus de  pinot noir et de gamay (la garantie de récolter des raisins même en cas de gelée).   Les vins blancs de chardonnay et d’auxerrois. Tous, sont classés en Vins de pays des Coteaux de Coiffy.  Le domaine des Pelletier est en conversion à l’agriculture biologique depuis 2009 et en  chemin vers la biodynamie depuis 2011. Pierre a arrêté  son activité laitière pour se consacrer à la vigne aux côtés de sa femme exploitante.

En face de la cave coopérative dans le village de Coiffy le Haut.

Florence entretient un lien particulier avec la bâtisse où elle habite.  Elle y jouait enfant avec son cousin et  rêvait de l’habiter. Adulte, elle sauvera la   maison de la décrépitude.  Un coup du sort offert par la vie  saisi par la belle.

Son beau père, Henri Pelletier ,  va être la cause de sa conversion à la vigne.

« Il avait continué à faire son vin avec sa vigne personnelle ; ses bouteilles plaisaient beaucoup. En 1983, en tant que maire du village,  il  décide de relancer le vignoble de Coiffy en créant une association.  L’Onivins accorde le droit de planter de nouveaux cépages. L’oberlin, le bacco et le culman sont abandonnés. Neuf personnes l’ont suivi, un agriculteur, un menuisier, un mécanicien… c’était très convivial de se retrouver. Personne n’avait de compétences sérieuses en viticulture »,  raconte Florence. L’association est aujourd’hui reconvertie en Confrérie, présidée par Pierre Pelletier.

Cette dynamique locale pousse la  jeune mariée de vingt ans  à entreprendre un brevet « BTA viti-oeno »au lycée agricole de Beaune , qu’elle prolonge par une  formation à la faculté de Dijon en technicien en œnologie. Elle incarne la nouvelle génération de vigneron formée aux techniques modernes,   reliée à la tradition, respectueuse du terroir, curieuse,  branchés sur le durable. En Haute-Marne, l’eau de vie de prune et la mirabelle ne sont jamais loin. Les vins aux fleurs étaient concoctés autrefois à la maison par les grand-mères ;  la recette avait été perdue.

L'art du flacon, des silhouettes singulières dessinées par Florence Pelletier.

Les vins de Florence sont assurément féminins. Les lignes des bouteilles ont des allures de flacons. C’est un verrier réputé du Nord, Saver-Glass, qui les fabrique – je  n’ai pas pu jeter la première bouteille de rosé que j’ai converti en carafe à eau. Elle dessine  elle même ses étiquettes. Sa passion  pour les fleurs remonte à l’enfance dans le jardin de sa grand mère où elle passait son temps à composer des herbiers. Cette gourmande  adore les fleurs et les associe à table. Elle  a travaillé ses recettes, ingrédient par ingrédient. Violette, lavande, rose… ylang ylang, susier (plante locale), angélique, marjolaine, petit muguet, jasmin, géranium. Sa gamme comporte dix fleurs. Comme l’étiquette « vin aromatisé » ne le dit pas, soit les fleurs macèrent pendant 15 jours dans un vin blanc (chardonnay), additionné de sucre, d’eau et d’alcool (susier et petit muguet) soit elle incorpore dans ce mélange des distillats, toujours naturels, ce qui majore les coûts.

Cuisinière dans l’âme, elle va proposer aussi des ateliers culinaires pour associer ces vins  très purs dans leur profil aromatique :

Le vin à la marjolaine vous transporte dans la forêt de Fontainebleau et s’associe avec une viande type canard, agneau, poulet.

Le vin à l’angélique a une amertume merveilleuse, crevettes, noix de Saint Jacques

Le vin au géranium s’associe bien avec la cuisine asiatique, du foie gras

Le vin à l’Ylang Ylang avec des bananes flambées, du porc.

Le vin à la violette est en accord parfait avec le chocolat, du chèvre chaud.

Chez elle, il faut tout gouter, en crachant bien sûr… c’est un très beau moment de dégustation passée en sa compagnie.

L‘association des vins de Belfort lui donne à faire ses vins. L’abbé lui a confié la résurrection d’une vieille recette de  liqueur du Val de Presles, La Preslix, au goût de menthe mais sans lui communiquer sa recette qu’il veut garder secrète… et dont 1 € du produit de la vente est reversé aux amis de la Chapelle Notre Dame de Presles, un lieu magique  perdu dans la campagne haute marnaise que l’on gagne en marchant au fin fond d’un chemin dans les bois ou jadis coulait une source fabuleuse… Florence a des yeux de fée.

Un vignoble improbable constitué de 26 hectares de vignes où l'oberlin, le culman, le bacco ont été remplacés par le pinot noir, le chardonnay...

Haute-Marne en Champagne-Ardenne.

 
Caves de Coiffy
Florence Pelletier propriétaire récoltante
52400 Coiffy-Le-Haut
03 25 90 21 12
Vente en ligne : www.mespetitsproducteurs.com