Comme un cheveu sur la soupe au restaurant Krung Thep

Il arrive parfois de voir de belles promesses se lézarder. A Paris, le samedi soir c’est… aussi  l’enfer. Telles des mouches,  les Parisiens imprévoyants se  cognent au refus  des restaurateurs.

-Vous n’avez pas réservé ?
– Non
– Ah ! repassez vers 22 h  !

La réponse est polie, bienveillante et vous fait découvrir l’existence de deux services le samedi soir. Mais il y a aussi l’air pincé ou catastrophé :

– Ah ! non, nous n’avons plus aucune place, il faut prévoir au moins une semaine à l’avance, vous ne le saviez pas… ?  .

Et quand dans ce monde de brutes, une porte s’ouvre… et que l’on vous dit…

– Attendez, je vais voir… oui c’est bon, installez vous là…

Et bien vous chantez Alléluia et embrasseriez sur les deux joues la patronne, la serveuse, le cuisinier et les poissons dans l’aquarium.

Au Krung Thep, ça s’est passé comme ça. On nous a accueilli sur le pouce un samedi soir. Malgré la longueur de la taille, la serveuse a insisté pour nous coller à côté d’un couple dont la mine allongée n’annonçait rien qui vaille,  et nous oublier un long moment. Nous serions repartis,  si elle n’était repassée à l’instant T prendre  nos commandes. Son air agacé, son pas saccadé, ses gestes brutaux étaient en harmonie avec nos voisins de table qui se chamaillaient allégrement. La femme repoussait tous les plats les uns après les autres en composant une moue capricieuse pour chercher sournoisement de notre côté une approbation solidaire. Quand vint notre tour,  nos  expressions contrites la réjouirent. Ce soir là fut un fiasco. Non seulement pas folichon dans l’assiette mais servi dans un environnement hostile… une adresse à appréhender avec grande prudence si ce n’est à oublier.

Bien caché au cœur du quartier de Belleville, non loin du Baratin, ce restaurant thailandais a la réputation de surprendre le client par son décor exotique et le fait que l’on grimpe à sa table. Celles-ci  sont perchées et entourées de bancs sur lequel on s’assoit en laissant pendre ses jambes dans le creux. La cuisine est très épicée, comme il se doit, et présente tous les classiques sucrés salés de cette partie de l’Asie : soupes, salades, légumes, fruits, pamplemousses et ananas à gogo… Il y a dix ans, j’avais applaudi ; la patronne m’a pourtant assuré que le chef n’avait pas changé. Alors… concours de circonstances  d’un soir ou baisse avérée ?

Krung Thep
93 rue Julien Lacroix 75020 Paris
Tél : 01 43 66 83 74
Métro : Pyrénées