Trois vignerons tombés du ciel de Savoie font une halte à Paris pour présenter leurs vins bio à La Contre Etiquette

Christophe Guitard, Gilles Berlioz, Dominique Belluard et Dominique Lucas à La Contre-Etiquette le 15/11/2011 (de gauche à droite). photo M.S.

Mardi 15 novembre au soir, il y avait les footeux scotchés devant leur petit écran et puis les esseulées dans mon genre qui se rendaient le pas léger à La cave de La Contre Etiquette au bout de l’Est de Paris, en plein Belleville quartier chinois, à la rencontre de trois vignerons tombés du ciel de Savoie. Un bio et deux bio dynamistes.

Trois cuvées de Gilles Berlioz en bio depuis 7 ans, un rouge (une Mondeuse réussie) et deux blancs.

Gilles Berlioz affiche la banane quand il parle ;  les yeux toujours bleus de l’ancien enfant timide que l’on imagine rougissant avec  les filles,  filles qu’ils ne courent plus trop désormais, plus besoin, depuis qu’il les met en cuve et qu’il les siffle quand il veut, et nous avec lui. Les vins de Gilles pointent  la direction du bonheur. Sa cuvée  « Les fripons », encore plus ensoleillée que « Les filles », vient du même cépage roussanne (ou bergeron).   Il cultive ses vignes en bio depuis 7 ans et déclare avec malice être de plus en plus fainéant :  « A la vigne je bosse à fond pendant six mois jusqu’à la floraison, je pioche pour enlever les remonteux comme  les ronces, les frênes… et puis  après je laisse faire comme  à la cave, j’interviens le moins possible, pour moi l’œnologie c’est la science de l’échec ».

Trois vins de Savoie de Dominique Belluard, en biodynamie.

Dominique Belluard a des vignes plantées avec de l’altesse et du gringet, un très vieux cépage. Ses vins sont étincelants et vibrants.  Il a beaucoup exploré l’art de la cuve, son matériau, inox, béton, mais aussi ses formes. Pour lui rien ne vaut la cuve en béton et la forme en œuf qui reprend le nombre d’or comme dans la nature. La forme de la cuve est importante aussi car elle créé une dynamique. La forme évite de batonner (remuer les lies) le vin en impulsant d’elle même un mouvement naturel en forme de 8. « Né dans la nature j’ai vu  l’équilibre s’interrompre, en traitant  on tue les sols, la biodiversité. J’ai engagé une démarche de reconversion en biodynamie en 2000 mais j’ai quelques parcelles (15 % de ma surface) qui m’empêchent encore d’être totalement en bio, j’ai besoin d’un léger désherbage chimique au printemps. Sur mes 20 hectares je cultive 10 hectares et je vais réduire la voilure, car c’est trop d’énergie, j’ai des parcelles où je dois passer avec le chenillard… »

Dominique Lucas, un vigneron bourguignon niché sur les rives du lac Léman (les vignes de Paradis).

Dominique Lucas (domaine les Vignes de Paradis) ne fait rien comme tout le monde. Il est sorti volontairement de l’AOC Crépy afin d’avoir le droit de planter du chasselas, du chardonnay et du savagnin au bord du Lac Léman. Les premiers vins  des Vignes du Paradis, avec ces raisins là sortiront en 2012,  avec la troisième feuille. Dans deux ans, le pinot gris et le sauvignon rejoindront ces précurseurs. « Ce sont des cépages que j’adore et  je m’aperçois quand je vais en Suisse où je suis consultant qu’ils poussent très bien là bas, pourquoi  pas en Savoie ? » D’ailleurs le chasselas  normalement réservé en France à la table ou aux touts petits vins de comptoir (Un matin face au lac 2010) se montre entre les mains bourguignonnes de Dominique Lucas, tendre,  avec un petit  nez fumé et une jolie  finesse.

Deux cuvées du lac Léman, chasselas et

Ce perpétuel curieux se partage entre deux domaines : 3,5 hectares et demi en Savoie et 2,5 hectares en Bourgogne autour de Pommard où il a conservé  de vieilles vignes de pinot noir de près de 100 ans plantées par son arrière grand-père et toujours bien menées dont 40 % sont pieds de francs  (sans porte-greffe américain) donc potentiellement sensibles au phylloxéra. « Chaque année, il y a du phylloxera mais mes vignes survivent ». Et Dominique Lucas ajoute « Comme Gilles et Dominique, je suis de plus en plus fainéant » – et il sourit –   » j’interviens de moins en moins, je ne cisaille pas la vigne elle pousse jusqu’à 4 mètres, je roule l’herbe dans les vignes et l’hiver je recrute des moutons ».  Dès l’année prochaine, il mettra ses vins dans des amphores en terre cuite en forme d’œuf construites par un potier à Tonnerre.

Encore de superbes pioches de Christophe Guitard à la Contre Etiquette. Déjà fini ?!

Il  va les enterrer et les placer à l’envers,  la pointe en bas afin de bénéficier du maximum d’énergie comme faisaient les Anciens. « On me prend pour un extra terrestre« . Un extra terrestre surdoué. Pas un vin moins intéressant que l’autre ; que des histoires intéressantes à raconter et une finesse exceptionnelle pour tous les vins goutés.  Il termine  la dégustation sur un « Nectar de pinot noir » 2010, une cuvée rare quasiment numérotée,  stock de  2000 bouteilles. Le genre de vin majestueux, tout en délicatesse,  dont on ne demande pas le prix avant d’en commander trois caisses,  tellement on se sent heureux et qui donne sens à l’augmentation que l’on va demander à son boss.   « J’ai progressé en essayant de comprendre le millésime, chaque année il faut recommencer et cela fait 23 ans que je fais comme ça,  j’ai appris avec mes parents et la nature ».

En toute amitié…

La Contre Etiquette
35 rue sainte Marthe 
75011 Paris
Métro : Belleville