Oui, manger bio c’est mieux pour la santé et même indispensable pour les enfants d’après les études

Trois auteurs : Claude Aubert (ingénieur agronome), Denis Lairon (nutritionniste), André Lefebvre (ingénieur conseil).

Trois experts de l’agriculture biologique, qui viennent de publier un livre complet sur la question, répondent à la revue 60 Millions de Consommateurs et à son dossier sur le bio de janvier 2013. 

  •  Quels sont les arguments pour affirmer que les aliments bio sont meilleurs pour la santé que les conventionnels et contredire l’inter titre paru dans  60 Millions qui affirme que le bio ne présente pas de bénéfice santé ?
  •  « Les aliments bio sont meilleurs pour la santé pour au moins trois raisons :

1)° leur valeur nutritionnelle est supérieure au moins pour les produits laitiers (teneur en oméga 3 nettement plus élevée) et pour un certains nombre de fruits et de légumes (teneur en matière sèche, vitamine C et en antioxydants plus élevée).

2°) ils ne contiennent pas de résidus de pesticides alors que ceux ci ont un impact négatif sur la santé démontré par de très nombreuses publications,  par ailleurs l’établissement des DJA a été faite sans prendre en compte les effets à long terme de très faibles doses de certains pesticides qui sont des perturbateurs endocriniens effets qu’on ne peut plus contester. Sans parler des impacts négatifs, établis depuis longtemps, sur la santé des agriculteurs et de leurs familles. Ce qui autorise à se demander s’il est normal que nous continuions à consommer des aliments dont la production peut menacer la santé de ceux qui les produisent. Et si on peut trouver des traces très faibles de certains résidus de pesticides dans des aliments certifiés bio (environ 2-4% des échantillons selon les études internationales), la cause principale en est la pollution généralisée de notre écosystème par ces molécules utilisées dans l’agriculture conventionnelle, alors que les agriculteurs bio respectent un cahier des charges leur en interdisant l’emploi.

3°) Enfin il faut tenir compte des effets négatifs sur l’environnement, mais aussi sur la santé, des énormes excès d’azote (plus d’un million de tonnes par an, soit près de la moitié de l’azote de synthèse épandu) liés à l’utilisation massive d’engrais azotés de synthèse et à la concentration excessive d’animaux d’élevage dans certaines régions, ne peuvent être niés. Leur coût pour la santé a été récemment estimé entre 40 et 90 milliards d’euros par an pour l’Europe dans un récent rapport rédigés par 300 experts »,  réponse intégrale des auteurs à lire sur le site de Générations futures….

  • Que représente l’agriculture biologique en France ? En 2011, 4 % des agriculteurs sont en bio (soit 20 600 exploitations) ; cela représente 3,1 % de la surface agricole (soit 845 000 hectares) et 2 % du marché alimentaire (3,4 milliards d’euros). Le rythme des conversions a atteint  + 25 % en 2010 par rapport à 2009.
  • Comment se situe la France par rapport à ses voisins européens ? La France est très en retard. Nous devons importer 40 % des produits bio. La moyenne européenne des surfaces agricoles AB s’établit à 4,7 %. L’Autriche est le premier pays européen en termes de surfaces  (20%), la Suisse (12 %) et l’Italie (8%).  Pourtant dans les années 70 la France était pionnière. Le lobby de l’agriculture intensive révèle ainsi sa puissance.
  • Quand est née l’agriculture biologique en France ? En 1962 avec l’association française d’agriculture biologique. Mais c’est Ehrenfried Pfeiffer, qui, en 1937, publie Fruchtbarkeit der Erde, l’ouvrage fondateur de la biodynamie basé sur le cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie, en 1924.
  • Des études ont elles montré des différences de composition entre aliments bio et conventionnels ? davantage de matière sèche dans les légumes feuilles, racines et tubercules ; des teneurs plus élevés pour certains minéraux (magnésium, fer, zinc) ; davantage de vitamine C dans des légumes (pomme de terre, tomate, épinard) ; davantage de polyphénols et autres antioxydants (raisins noirs, cassis…) ; davantage d’oméga 3 et de nutriments dans les viandes et produits laitiers d’après deux études française (Afssa 2003)  et anglaise (FSA 2009).
  • Combien de pesticides peut on retrouver dans les fruits et légumes conventionnels ? jusqu’à 26 pesticides ont été  trouvés dans des  raisins de table par l’Efsa. Sur  67 000 échantillons prélevés en Europe, 338 pesticides différents ont été trouvés sur les légumes et 319 sur les fruits.
  • Pourquoi les enfants doivent ils manger sans pesticides ? Les effets les plus nocifs se produisent quand les enfants sont dans le ventre de leur mère et dans leur petite enfance au moment où le système immunitaire est encore partiellement inopérant. L’urine des enfants renferme 2 à 3 fois plus de métabolites de pesticides organophosphorés que celle des adultes. Ce n’est pas un hasard si l’incidence des cancers augmente plus rapidement chez les enfants que chez les adultes.
  • Quelles sont les pathologies sur la santé humaine provoquées par les pesticides ? Les études montrent la  baisse de la qualité du sperme et la quantité de spermatozoïdes ; une diminution du poids à la naissance ; une perturbation du développement intellectuel ; des perturbations hormonales avec âge de la puberté avancé, risque de fausse couche accru… ; l’augmentation du risque de malade de Parkinson ; le diabète et l’obésité favorisés.
  • L’agriculture biologique est elle meilleure pour l’environnement ? L’agriculture biologique interdit les engrais chimiques, tous les pesticides de synthèse, les OGM, oblige à nourrir les ruminants avec de l’herbe en majorité, limite les médicaments allopathiques donnés aux animaux, interdit les élevages en batterie. L’agriculture biologique ne pollue pas l’eau des nappes phréatiques par les nitrates et les pesticides comme l’agriculture conventionnelle et de nombreuses villes améliorent la qualité de leur eau par le recours à ce mode d’agriculture (Munich) ; elle ne charge pas de pesticides la terre, l’eau – même la pluie – et l’air ; elle économise le coût exorbitant de la décontamination de l’eau (entre 54 et 91 milliards d’euros par an pour la France soit  entre 0,46 € e 0,81 € / m3 !) ; elle n’élimine pas la biodiversité, préserve les abeilles et les autres insectes pollinisateurs. Mais l’agriculture biologique recourt au cuivre, en petites quantités, les auteurs n’en disent mot (voir ce mot dans le moteur de recherche sur ce site). 
  • L’agriculture biologique pourrait elle nourrir la planète ? Les auteurs ne l’affirment pas clairement mais affirment qu’elle  sauvegarde les savoir-faire paysans et par là même semble la plus adaptée. « L’agriculture biologique accroit la productivité au niveau local, réduit la pauvreté rurale, améliore la nutrition et facilité l’adaptation au changement climatique »,  a écrit Olivier  de Shutter rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation de l’ONU. Il existe un énorme potentiel à développer si la recherche scientifique veut bien aller chercher de ce côté, ce qu’elle n’a pas encore fait jusqu’à maintenant.

[Source  : Manger bio c’est mieux, parue chez Terre Vivante, 5 €].