Les vins français sont truffés de résidus de pesticides d’après les analyses de Que Choisir

Kiosque - octobre 2013

Que choisir poursuit sa veille sur l’état sanitaire des vins avec la publication de nouvelles analyses de résidus de pesticides sur 92 vins en dessous de 15 € de toutes régions à l’exception de l’Alsace.

Il n’existe pas de limite maximale de résidus (LMR) pour le vin comme pour l’eau et les aliments. Les lobbyes s’y opposent. Les analyses de résidus de pesticides ne sont pas publiées par les services de l’Etat. L’association de consommateurs rend donc un grand service.

Treize références sur 92 présentent zéro résidus – dont six sont des vins bio.

Trente-six vins franchissent la ligne rouge : totalisant entre 106 et 355  (ug/kg) de résidus. La norme de l’eau potable est fixée à 0,5 ug/kg.

Les plus chargés, en moyenne, sont les vins conventionnels, blancs, des régions bordelaise et champenoise.

Les  vins bio ne sont pas totalement épargnés :  sur dix bouteilles, quatre contiennent des traces liées  à la pollution environnementale. Il faut savoir qu’une étude de Générations Futures a montré que les riverains des vignobles ont cinq fois plus de résidus de pesticides dans les cheveux que la normale.

Source : Que Choisir n° 518 octobre 2013

Réaction de Pascal Chatonnet, dont le laboratoire a réalisé les analyses pour l’UFC-Que Choisir du 26/9/2013 :

« Une enquête du magazine UFC que Choisir ? vient d’être publiée sous le titre « La peste soit des pesticides »*, enquête concluant à la présence de résidus de pesticides dans les 92 vins français analysés, issus de l’agriculture traditionnelle, raisonnée ou biologiques.

Ces analyses ont été confiées au laboratoire Excell qui, dans le cadre de l’Observatoire réalise très régulièrement de larges analyses de ce type, pour son propre compte ou pour le compte de tiers, afin de faire un état des lieux de l’évolution de la présence de pesticides dans le vin.

 Quels que soient les vins analysés, les consommateurs n’encourent aucun risque toxicologique

Analysant ces résultats, Pascal Chatonnet se refuse à tout catastrophisme : « aucun résultat – à part un ou deux – n’est critique, même si nous insistons sur le fait que les concentrations que l’on mesure vont de faible à très faible, voire infinitésimales. Le but du contrôle de pesticides étant d’essayer d’apprécier un risque toxicologique pour les consommateurs, on peut effectivement démontrer que, quels que soient les vins analysés, ils n’encourent aucun risque de ce type… et, par rapport à des études d’UFC Que Choisir ? réalisées quelques années auparavant, on note plutôt une tendance à l’amélioration en termes de diminution de la quantité de résidus et du nombre de molécules détectées.

Dans les commentaires que j’ai pu lire à la suite de la publication de l’enquête, il a été reproché à Que Choisir ? d’avoir utilisé la somme des pesticides et non l’expression molécule par molécule… ce qui reviendrait à mélanger les carottes et les navets, car la toxicité des molécules n’est pas identique. C’est effectivement le cas, et si Excell n’est pas intervenu dans le choix du mode de restitution des analyses, nous comprenons que ce choix a été fait dans un souci de simplification, afin de rendre lisibles les résultats. Plutôt que d’opter pour la réalisation d’un tableau très technique et incompréhensible pour des non spécialistes, les journalistes d’UFC Que Choisir ? ont fait un effort de synthèse pour présenter leurs résultats, passant ainsi à côté de certaines nuances que les « techniciens de l’art » s’empressent d’utiliser pour le monter en épingle. Je ne partage pas ce point de vue, d’autant que les résultats complets sont consultables sur demande, et que l’effort de présentation synthétique et pédagogique qu’a fait le journal est pour moi recevable. »

 *Les résultats des analyses menées par le magazine de consommateurs sont significatifs :

·        « Rouges, blancs, rosés, vins issus de l’agriculture traditionnelle, raisonnée ou même « bio », la totalité des 92 bouteilles analysées est contaminée« .

·     Sur les 165 molécules recherchées, notamment parmi celles qui servent à combattre les parasites de la vigne, comme le mildiou ou l’oïdium, 33 ont été détectées, dont certaines mêmes  interdites en France.

L’étude explique qu’effectivement, les teneurs détectées sont inférieures aux limites maximales de résidus (LMR), en dessous desquelles il n’y aurait pas de danger pour la santé. Néanmoins « il n’est pas rare de trouver des cocktails de 9 à 10 molécules différentes dans certaines bouteilles, jusqu’à 14 pour le plus contaminé des bordeaux« . Mais le magazine de préciser qu’il « n’existe pas de LMR pour le vin, mais seulement pour le raisin en cuve » et de se demander s’il ne faudrait pas « édicter des LMR crédibles pour le vin » qui « serait salutaire pour les consommateurs comme pour les vignerons ». (source site UFC/ étude sur 92 bouteilles accessible (article payant)). www.labexcell.com »

Réaction de la fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) du 26/9/2013 qui en appelle à l’Etat  :

« Les vins bio sont une garantie pour les consommateurs. Dans son dossier du mois d’octobre 2013 (n°518 « Des pesticides dans le vin, nos analyses »), la revue Que Choisir dévoilent ses résultats sur les traces de pesticides dans un échantillon de 92 bouteilles des différentes régions viticoles françaises. La Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique des Régions de France (FNAB) qui représente près de 10 000 paysans bio et de très nombreux viticulteurs bio réagit et fait des propositions pour mettre fin à cette situation dommageable pour la santé des consommateurs, des riverains, des viticulteurs.
Un constat partagé
L’enquête de Que Choisir révèle des taux de pesticides jusqu’à 3500 fois supérieure à la norme de potabilité de l’eau ! Rappelons que bon nombre de ces pesticides sont des perturbateurs endocriniens et/ou des produits cancérigènes. De plus, avec la présence de produits interdits dans plus de 20% des vins échantillonnés (soit 8 millions d’hectolitres rapportés à la production française), on peut parler de trafics organisés et généralisés.
Si l’étude révèle que les vins bio sont la seule garantie sérieuse, elle met également en évidence la carence des dispositifs publics de contrôle pour la protection des consommateurs, et le silence de la Profession viticole à l’exception des quelques démarches
individuelles ou collectives de vignerons responsables. La FNAB rejoint les consommateurs dans leur revendication de plus de garantie concernant les pesticides dans le vin.
Une réaction publique indispensable
L’usage des pesticides continue d’augmenter en France (+ 2,6 % entre 2008 et 2011), et ces pesticides se retrouvent dans le vin. La question des dérives de pesticides dans la nature est également posée par la constatation de traces de pesticides d’origine environnementale dans certains vins bios.
Quelle est la protection accordée aux agriculteurs bios et aux riverains quand
on voit fleurir au printemps les autorisations préfectorales pour épandage aériens ?
La FNAB demande donc des mesures pratiques de protection pour l’agriculture bio
et les riverains, ainsi que l’application réelle du principe d’interdiction des épandages aériens. De plus, la FNAB demande à l’Etat la mise en place d’un système de contrôle des pratiques et d’analyse des vins pour un objectif, à terme, « d’obligation de résultat » pour la filière viticole. On le voit, les objectifs du plan Ecophyto n’ont pas été atteints, c’est l’échec d’une politique – coûteuse (140 millions d’euros par an)- basée sur la seule auto-régulation des filières agricoles par le biais d’une formation (Certiphyto, obligatoire au 1er octobre) qui ne change pas les pratiques. La mise en place d’une LMR (Limite Maximale de Résidus) sur les vins et pas seulement sur le raisin peut être un élément de ce dispositif de contrôle mais n’est pas suffisante. En effet, une LMR reste un seuil arbitraire de tolérance des pesticides qui ne tient pas compte de « l’effet cocktail » des molécules à faible dose et des spécificités des perturbateurs endocriniens non liés à un effet seuil.

Une solution à long terme

La surface viticole bio a quasiment triplé en 5 ans (22 500 ha en 2007 à 64800 ha en 2012) en lien avec l’évolution du marché des vins bio français (+ 150 % sur la période 2007-2011 : 249 M€ à 359M€). Une croissance qui se poursuit en 2012 à + 15 %.
La compétitivité de la filière viticole française passe bien par le changement des pratiques de production en lien étroit avec l’évolution de la demande intérieure comme des exigences des consommateurs étrangers. La FNAB demande à ce que l’Etat fasse la promotion de la viticulture bio et plus généralement de l’agriculture biologique, à l’aide d’une taxe significative sur les produits phytosanitaires. Une augmentation de 30 millions d’euros de la redevance sur les pollutions diffuses (RPD) a été décidée. Si cette somme est notoirement insuffisante au regard des recommandations de la mission relative à
la fiscalité des produits phytosanitaires, son usage doit être priorisé sur les actions de protection de la ressource en eau par l’agriculture biologique. Une demande qui doit s’inscrire dans les actions du programme Ambition bio 2017 du ministre de l’agriculture ».

Réactions de Nicolas Joly et de Dominque Techer sur le site renaissance des appellations

  Nicolas Joly : « Il y a 30 ans le danger était que l’enjeu du bio et de la biodynamie pour un retour au plein sens des AOC soit incompris.  Aujourd’hui le risque est qu’il soit vidé de sa substance et l’article de Que Choisir en faisant indirectement, et d’une manière surprenante, la promotion d’une marque qui se veut très commerciale et qui est  beaucoup trop laxiste, y contribue. Arriver à zéro pesticide dans un vin n’est pas difficile, cela nécessite juste un peu de volonté et de conscience. Si l’on n’en a pas assez, il est tentant de créer pour le consommateur une image flatteuse mais finalement fausse. Et si l’on va dans ce sens  pourquoi ne pas   tolérer,  un peu d’eau dans le vin, un peu de coupage  avec des vins d’importation un peu moins de vin dans les bouteilles de 75cl etc. Remercions Dominique Techer pour les réponses  précises  qu’il apporte à « Que Choisir ».

Dominique Techer, vigneron-artisan à Pomerol : 

Opération Excell contre le vin bio :

Que Choisir à la manœuvre.

La revue Que Choisir publie en ce mois d’octobre une enquête sur les résidus de pesticides dans les vins français. Elle remet au grand jour le secret de famille de la viticulture.

Un constat accablant pour la viticulture conventionnelle.

Malgré les millions d’euros dépensés et les centaines de promesses du plan Ecophyto, rien n’a changé, hormis les discours des innombrables colloques socialo-mondains sur l’agroécologie. En effet, l’utilisation des pesticides a encore augmenté de 2,7% entre 2010 et 2012, là où on aurait dû se diriger vers une réduction de 50% en 2018 ! On trouve même une molécule interdite en France dans le célèbre Mouton Cadet, un des plus gros bénéficiaires des primes PAC en Gironde. Les relations du monde du vin de Bordeaux avec le pouvoir étant ce qu’elles sont, on n’est même pas sûr qu’une enquête sera ouverte.

La maison Ginestet, autre grand de Bordeaux et bénéficiaire de primes PAC apporte aussi sa pierre à ce tableau désastreux pour la réputation de Bordeaux. A croire qu’on subventionne les moins vertueux !

Comment M. Cesar Compadre, journaliste de révérence au quotidien Sud Ouest arrive-t-il encore à trouver là, matière à dire que « la prise de conscience est réelle » ? Peut-être l’ingestion de Mouton Cadet au carbendazime, et les troubles associés ?

 

Une présentation de l’enquête à charge pour les vins bios.

Les données issues de l’enquête montrent une très faible contamination des vins bios. Mais Que Choisir a décidé de biaiser la présentation des résultats. 10 vins bios sur 13 sont à zéro microgramme de pesticide (contre 2 vins conventionnels sur 79 ) mais l’article ne félicite pas les vins bios, rendus coupables de leur environnement pollué .

Un tableau de résultats trop favorables à la bio n’aurait pas politiquement convenu à Que Choisir, ni à Pascal Chatonnet ( auteur des analyses : Sud Ouest du 25 septembre) qui cherche à vendre son package « analyses + conseils » sur les pesticides. Alors, on a recours à divers artifices :

  • Une région à forte viticulture bio comme la Loire n’a aucun domaine bio analysé mais on présente un vin de terra vitis à zéro pesticides sur le millésime 2010 peu pluvieux.
  • Ailleurs, la bio est sous représentée comme en Côtes du rhône
  • En Languedoc-Roussillon, même sous-représentation et en plus « omission » du label « AB » de Mas Jullien
  • En Provence, on omet de préciser que la cuvée du Domaine Dupuy de Lôme, analysée comme indemne, est en conversion bio.
  • A Bordeaux, le Château Le Puy n’a pas de label « AB » de même que les « Ifs de Jonqueyres ». Large Malartic, vin bio de négoce, est opportunément analysé.

Sans ces petits artifices, le tableau eut été plus limpide avec l’alignement de vins bios à zéro pesticide, suivis des vins pollués. Mais c’eût été ruiner l’entreprise de promotion du label Excell de M.Pascal Chatonnet.

Cela aurait mis en avant le fait que se convertir à la viticulture biologique était la démarche de bon sens, certes moins rentable pour le laboratoire Excell, mais bien plus susceptible de réduire à zéro les résidus, et accessoirement, de préserver ce qui reste de notre environnement. On n’ose même plus dire « la nature »…

L’aspect « conflit d’intérêt » de cette enquête est d’ailleurs frappant. A aucun moment, le laboratoire de Pascal Chatonnet n’est cité comme ayant procédé aux analyses, mais la grille d’appréciation et les couleurs correspondent aux critères du label Excell. Sans doute un hasard.

 La finesse de l’analyse pour brouiller les cartes.

L’autre technique pour rabaisser la bio c’est la finesse de l’analyse de l’excellent laboratoire Excell. En recherchant les traces, même non quantifiables de pesticides, on cherche à créer une suspicion généralisée avec des phrases telles que « les vins bios ne sont pas irréprochables », lourdes de sens. Tous les vins sont contaminés, donc au diable les vins bios ! Notre journaliste de Sud Ouest ami de la bio ne manque pas de répéter que «quatre bouteilles (bio) sur dix contiennent des teneurs non négligeables de phtalimide », dérivé du folpel. Cette affirmation est porteuse d’un sous-entendu de tricherie des bios pour ceux qui ne savent pas que le folpel est le produit le plus utilisé en viticulture conventionnelle. Au point qu’il vient en tête de tous les pesticides dosés dans l’air de la Gironde durant toute la saison viticole ! La viticulture bio ne se fait pas dans une bulle et ce journaliste devrait plutôt dénoncer un environnement rendu pathogène.

Il faut donc réaffirmer l’essentiel : c’est la viticulture bio qui produit les vins exempts de résidus, à zéro microgramme malgré la contamination généralisée de l’environnement.

 

Que Choisir en plein publi-reportage.

Que Choisir conclut son article par un véritable spot publicitaire pour le label Excell, peu compatible avec son rôle de défense des consommateurs. Pourquoi ne pas clairement conseiller les vins de la viticulture biologique au lieu de faire un publi-reportage sur un label qui tolère 5 pesticides et 50 microgrammes de pesticides par litre ? Quel est l’argumentaire rationnel d’une telle absurdité ?

Pourquoi ne pas procéder comme pour un test classique d’huile ou d’électro-ménager ?

Pourquoi revenir sur la confiance avérée pour la bio alors qu’elle est confirmée par ses propres mesures ?

 

L’opération Excell/ Que Choisir : vers une LMR rassurante à moindres frais.

Tout ceci serait inexplicable sans la vision de l’opération sous-jacente. Une partie du business du vin a bien compris qu’elle ne va pas pouvoir tenir sur la ligne officielle de déni du problème des pesticides. Elle sait que « la filière » ne va pas pouvoir maintenir le statut dérogatoire du vin et refuser toute limite de résidus. Certes, pour l’essentiel, la presse viticole, à l’image de la rubrique vin de Sud Ouest, maintient l’omerta au profit de ses maîtres : les institutions officielles, dont elle recopie les compte-rendus comme s’ils s’agissaient d’articles rédigés librement. Mais le monde du vin libre compte des amateurs éclairés, des clubs œnologiques, des blogueurs , des membres de réseaux sociaux, qui constituent une opinion « malheureusement » non contrôlable.

Alors, certains ont bien compris qu’il est bien plus simple de faire comme pour beaucoup d’autres produits : définir une limite de résidu assez haute pour que la plupart des produits soient conformes, pour peu qu’une attention minimale soit portée à cette question. La faiblesse des moyens de la répression des fraudes pour assurer les contrôles, finirait d’assurer la viabilité de ce petit système.

Il s’agit juste de rassurer les amateurs de vins à moindres frais, pas de faire des vins purs. Dehors les vins bios ! La clientèle est priée de se contenter de 5 pesticides et 50 microgrammes de pesticides maxi comme garantie, soit jusqu’à 500 fois la potabilité de l’eau. C’est la proposition subliminale de Que Choisir, association de défense des consommateurs !

 

Pour conclure :

Sans plus rien attendre d’une filière qui n’a rien su faire sur cette question, les bios doivent offrir au plus vite une garantie-pesticide aux amateurs de vins, au lieu d’observer le silence.