Naissance officielle du champagne « durable », un label qui floute la culture avec pesticides tout en avançant groupé

Un référentiel technique en 125 points à satisfaire  à 90 %.  Photo M.S.  vendanges 2012.

Le Comité interprofessionnel des vins de champagne a lancé le 12 mai la « certification durable en Champagne », une démarche  qui vise à enrôler quelque 20 000 déclarants de récolte.  

L’Interprofession champenoise œuvre depuis treize ans pour inciter  les viticulteurs à avoir la main plus légère, à respecter la réglementation et l’environnement (haies, enherbement, gestion des déchets, traitement de l’eau…). Le champagne durable qu’est ce que c’est ?  Une façon de tourner le dos à la viticulture de papa et grand papa. Une longue liste de pratiques qualifiées d’ écologiques, 125 points techniques exactement, qu’aucun consommateur ne lira, mais que 20 000 déclarants de récolte champenois auront intérêt à mettre en œuvre. Un logo sur la bouteille en résultera une fois les audits réalisés par un organisme extérieur. Quand ? Les premiers champagnes durables affichés verront probablement le jour dans quelques années à l’horizon de fin 2015, 2016… Les entreprises champenoises déjà certifiées « HVE » haute valeur environnementale seront les premières.  Bollinger, est la première maison champenoise a obtenir pour son vignoble la certification « Viticulture durable » le 23 juin 2014,  après un audit portant sur 125 points par l’organisme Ocacia.

Au point 55 du référentiel, le quidam découvrira que  « L’épandage de gadoues, composts urbains ou boues de stations d’épuration urbaines, seuls ou en mélanges, est interdit » [en réalité,  ils ne sont plus autorisés ]. Et au point 54 que  :   « Les seuls fertilisants autorisés sont les produits homologués ou normalisés » Ah oui ?! il faut donc toujours le rappeler… Mais des objectifs chiffrés figurent comme « pour préserver la qualité biologique des sols, l’usage du cuivre est limité à 4 000 g/ha/an en moyenne sur 5 ans, toutes formes confondues (en équivalent métal) ».

La démarche de certification implique la tenue de registres, la production de factures, et  ces comptes à rendre, même dans le cadre d’une démarche volontaire, constituent aussi des avancées.

En résumé, le durable, c’est mieux que le « raisonné » d’autrefois puisque  la démarche est certifiée et auditée.  Mais le durable ne peut encore se mesurer à l’exigence du bio, qui d’ailleurs reste bien difficile à tenir, avec la météo champenoise comme le précédent millésime l’a encore démontré.

Mais le pari des Champenois est depuis le début des années 2000 de se dire qu’il vaut mieux en termes de résultats embarquer tout le monde avec une exigence commune réalisable, même minime par rapport à la viticulture biologique,  plutôt que de ne viser que l’excellence pour certains.  La Champagne comptait seulement 378 hectares certifiés et en conversion à la viticulture biologique en  2011 (Agence Bio 2012).

« C’est depuis 2001 que la Champagne s’est engagée dans un processus de viticulture durable qui a conduit, en particulier, à réduire de 50% les quantités de produits de protection de la vigne appliquées, à traiter 100% des effluents vinicoles, à valoriser 90% des déchets et 100% des sous-produits, à réduire de 15% l’empreinte carbone de chaque bouteille. Avec ce nouvel outil ambitieux, les vignerons et maisons de Champagne ont désormais le choix entre une viticulture durable en autoévaluation, une viticulture durable certifiée et une viticulture biologique », déclare le communiqué du CIVC.

Pour les courageux voici l’intégralité du référentiel champagne durable.