Un jour à Paris en biodynamie, avec les vins, les amis et Franck Pascal le Champenois au fond près du radiateur

2014 Biodyvin Paris

A Paris, lundi 3/11/2014 se tenait Biodyvin, le salon des vins en biodynamie. Mais pas seulement. Il y avait aussi Le nez dans le vert, les bio du Jura. Et La levée de la Loire, les bio du Val de Loire.

Franck Pascal est venu avec ses champagnes. Parmi cent soixante neuf autres collègues, il me fallait le débusquer pour gouter sa cuvée Sérénité Brut nature dont un ami m’a parlé comme sublissime. Dans les allées, mes collègues avaient l’air fatigué. Dans ce genre de manifestations, où journalistes et cavistes se pressent, on nous badge à l’entrée. La presse avait une petite pastille bleu. Un verre à la main, je humais l’air, questionnais les visages. Jean Berthet Bondet était venu du Jura. Chic. Le pape du Château-Chalon. Je viens d’acheter 6 bouteilles de sa cuvée Trio 2013. Un bonheur. Des liens familiaux me l’ont fait connaitre de plus près. Je me présente ; échange quelques mots. Je découvre un beau regard bleu sans détour.

Château-Chalon | photo extraite du site  les-plus-beaux-villages-de-france.org

Mais pourquoi est il passé en bio finalement ? Un challenge, histoire de finir en beauté tout simplement. Sa fille se forme en alternance et va reprendre le domaine.  Pour elle, le bio est une évidence, le domaine est prêt. Toujours la même histoire qui se passe en ce moment dans le vignoble à l’heure de la relève. La jeune génération a compris, les produits photo-sanitaires de synthèse, c’est une affaire terminée, classée. Et les vendanges dans le Jura ? « – Bien mieux que 2012 et 2013 ! ». Je poursuis dans l’allée. J’aperçois un grand bonhomme queue de cheval et moustache avec de grandes cernes sous les yeux. Ses carafes devant lui avec des liquides couleur ambre.

Le domaine de la Juchepie. Je me présente à Eddy et lui offre un large sourire. « – Je vous avais vu à Millésime Bio cette année… vous allez bien ?  » Il ne me reconnait pas, bien sûr. Mais il enchaine. « Je suis fatigué des dernières vendanges, on a eu la mouche, il n’y aura pas beaucoup de liquoreux cette année, mais les liquoreux,  on en a en réserve, pas les moelleux, là je me fais du souci, ça va manquer… »

Derrière moi quelqu’un me tape sur l’épaule. Un copain journaliste. Il tient à me faire gouter un vin à « 6,50 € ?! » Oui j’avoue que question vin de soif sympa il est au zénith. Je repars et cherche les biodynamistes. Un copain que je questionne me répond « – Ils sont en bas ; trois fois plus chers qu’ici ! ».

Je descends d’un étage, retrouve un autre vacarme, une foule agglutinée. Je tombe sur un autre collègue que je n’ai pas vu depuis longtemps, un garçon littéraire, et lui demande de ses nouvelles.  » Il m’annonce qu’il s’apprête à inaugurer sa cave… » Il devient caviste. Je ne peux m’empêcher de penser que le journalisme dans le secteur du vin,  mène souvent un jour ou l’autre… au commerce. Que par les temps qui courent dans la presse écrite, avec le tarif des piges qui dégringole, l’offre de travail qui se raréfie,  la précarité qui s’accroit, forcément, il faut bien se nourrir. Je me dis que j’irais le voir. Il semble un peu amer, m’assure tristement qu’il essaiera de ne pas vendre que des bordeaux que les gens réclament, et tentera des personnalités et des vins bio…

Lui aussi cherche les champagnes en biodynamie. Au fond dans un coin, je tombe sur les champenois. Fleury,  Lahaye, Bedel. Au bout de la rangée, Franck Pascal. Je stoppe net. Je l’ai interviewé il y a une dizaine de jours. Je ne connais que sa voix et quelques bribes de son histoire. Je marque un temps. Pour décanter ce que son image me renvoie. Il semble un peu plus petit que ce que j’imaginais. Je m’avance, me présente. Il se souvient. Et me propose de déguster ses cuvées.

Je viens pour gouter sa cuvée Sérénité, 120 €, bien trop chère pour la bourse des journaleux. Nous sommes nombreux à nous agglutiner ici. Quels que soient l’assemblage, la couleur et la cuvée, Quintessence 2014, Quintessence 2015, rosé, Harmonie 2009, Solera, Sérénité… la signature garde une  pureté et une finesse extrêmes, la tension se conjugue au minéral, jusqu’à l’instant où l’amertume achève de désaltérer. Le terroir qui nous titille les papilles, c’est donc ça,  on a envie de partir illico presto voir la parcelle sur place. Ce vigneron a fait son boulot, un vrai passeur. Sérénité n’a pas de sulfites du tout. En champagne,  une vraie gageure. C’est une cuvée très spéciale qui donne lieu à un travail énergétique au sol comme au chais. Seul Franck peut en parler…