Saviez vous que les vendanges commencent au mois de février en Inde, et les vins indiens, quel gout ont ils ?

Séance "vins indiens" 2/2/2016 à Paris avec Pierre Guigui et deux représentants de la Winnery Glover

Séance « vins indiens » 2/2/2016 à Paris avec Pierre Guigui et deux représentants de la Winery Glover Zampa.

Mardi 2 février 2016, 16 h. Un fin crachin humidifie Paris. La place de la Madeleine est toute revêtue d’un manteau gris souris.  Capitaine Pierre Guigui a endossé son polo marin pour venir partager en toute amitié cette dégustation spéciale avec ses confrères et consœurs journalistes.

Pendant qu’il pleut ici, les Indiens commencent les vendanges sous le soleil…   Février, c’est la saison sèche ; la mousson ne démarre qu’en mars… Ah  la mousson ! Louis Bromfield… la pluie… la moiteur… l’évocation de l’Inde immédiatement emporte l’imaginaire à des milliers de kilomètres de là.

Ravi Viswanathan co-actionnaire de Grover Zampa, la plus ancienne winery indienne,  tout juste 25 ans,  vient nous parler dans un français limpide du vignoble indien et des vins de son catalogue de 80 références !  Deux domaines  installés sur la cote ouest de l’Inde près de Nashik, à 2 heures 40 de voiture de Bombay. « Le vignoble indien est jeune, les vignes les plus anciennes ont été plantées il y a 25 ans, dans la partie au nord près de Bombay et au sud près de Bengalore ; ce sont les seules régions d’altitude propices à la vigne ; la difficulté de cultiver des vignes en Inde vient de la mousson et de la saison sèche. A cause de la mousson où il pleut tous les jours il n’est absolument pas possible d’être certifié « organic » (bio) ; pas possible non plus de ne pas irriguer pendant la saison sèche de septembre à mars où il ne tombe pas une goutte. A part ça il n’y a pas vraiment d’effet millésime. La qualité du vin indien dépend du savoir faire du vigneron ». Vigneron ? Homme d’affaires ? La winery possède 1 300 hectares et produit 13 millions de bouteilles ! C’est gigantesque. Les deux actionnaires travaillent avec Michel Rolland, l’œnologue bordelais devenu une vedette après le film documentaire Mondovino (2004 Jonathan Nossiter) Les rouges « cabernet-syrah » ont le gout bordelais moderne, de la souplesse, une touche épicée et fumée, un peu de fût, des tanins feutrés, pas de sucres résiduels comme dans les vins californiens.

7 vins inidens sur la table

Marque Grover  | 7 vins indiens sur la table. | crédit photos Vin&Chère, MS.

En Inde, terre de whisky par excellence, tout est à faire en matière de vin. La classe moyenne y vient dans les grandes agglomérations. « La consommation augmente de 20 à 25 % chaque année et nous plantons autant pour répondre à la demande et vendons 95 % de notre production en Inde et exportons 5 % dans 40 pays dans le monde, essentiellement dans les restaurants indiens », chiffre Ravi. En France, c’est la maison Richard qui distribue Grover. En Inde, le producteur s’occupe aussi de la distribution. Grover Zampa emploie une équipe de 300 commerciaux. « Il existe cinquante domaines en Inde et cinq grandes wineries, toutes travaillent avec des consultants étrangers français, américains ou australiens, Moët et Chandon élabore un effervescent très apprécié des Indiens et le grand major au niveau des alcools c’est le groupe Pernod Ricard India, qui possède un domaine, Nine Hills« , poursuit Ravi. S’agissant d’un vignoble tout neuf, se retrouvent les cépages plantés dans le nouveau monde  : sauvignon blanc, chenin, viognier,  et en rouge, cabernet sauvignon, syrah, zinfandel (Californie), merlot… mais pas de pinot noir, il fait trop chaud.

La signature bordelaise de Michel Rolland

La signature bordelaise de Michel Rolland, le vin indien destiné aux Français.

« En Inde, le blanc et les effervescents se vendent très bien, le rosé un peu moins ». Et la France ? Le rouge signé Michel Rolland… a bien été modelé au gout français. « La cuvée Réserve est diffusée dans un restaurant indien sur deux dans l’Hexagone. C’est le vin phare de Michel Rolland,  la production atteint 200 000 bouteilles par an », précise Ravi.

Rosé de Syrah indienne

Rosé de Syrah indienne.

«  Nous n’avons pas beaucoup de vins à vendre à l’étranger, notre production est entièrement vendue dans les mois qui suivent les vendanges mais il faut nous faire connaitre, la classe moyenne indienne va progresser dans ses gouts ; cela peut paraitre curieux  de dire ça, mais nous savons aujourd’hui faire mieux que ce que nous proposons actuellement mais nos consommateurs ne sont pas prêts à payer plus,  cela viendra,  nous avançons à petits pas… », explique Ravi qui nous parle surtout de la difficulté du climat tropical.

Les vins indiens ont  ils le gout des tropiques ? Pas vraiment ! Les sauvignons sont assez gras, métalliques avec une finale amère. Les rouges les plus réussis, ont le goût bordelais avec un peu plus de poivre. Des bordeaux espiègles, qui prennent l’accent du sud ouest comme au bord de la Gironde,  un écho lointain du Gange, mondialisation oblige.

Dans cette vidéo, Ravi  Viswanathan nous explique les difficultés à cultiver au pays de la mousson et de la saison sèche, sans dormance végétative, alors ?! Ecoutons-le….