Construire un jardin mandala, c’est simple, c’est beau et ça peut rapporter gros

2/ Jardin mandala éphémère à la ferme du Bec Hellouin en octobre 2014 avec Marc Grollimund | photo M.Sargis

Jardin mandala éphémère réalisé lors d’un stage à la ferme du Bec Hellouin à la tombée du jour, en octobre 2014 avec Marc Grollimund | photo M.Sargis

Les symboles au jardin, Marc Grollimund les connait bien. Inspiré par ses rencontres avec des moines tibétains, il a imaginé le jardin sous forme de mandala, sur le même principe que le  jardin de sable.  Le mandala associé à la permaculture amène une osmose fructueuse entre approche holistique et respect du vivant. Formateur à la ferme école de permaculture du Bec Hellouin, Marc réalise avec les groupes de stagiaires en quelques heures des mandalas éphémères à la beauté foisonnante.  Depuis quinze ans, les jardins mandalas qu’il créé partout en France témoignent de résultats exceptionnels, comme si la forme agissait au niveau des potentialités des sols, de la santé des légumes, des fragrances… Écoutez-le.

Pour Marc, la forme mandalique –  un cercle centré, des formes simples – est exceptionnelle.  Le cercle centré est la base. C’est aussi  un moyen de construire facilement un jardin. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le jardin mandala est accessible aux jardiniers débutants.  Le mandala créé une entité puissante qui irradie dans l’espace environnant. Les prédateurs y font moins de ravages.  Ce sont des points d’énergie, et Marc perçoit des liens quand il existe plusieurs mandalas dans une même région.  Au moment de la construction, sur le plan humain, quelque chose se passe ; le mandala tisse des liens  et c’est très rare qu’un jardin mandala soit abandonné. La terre ne s’épuise pas, elle devient prolifique, vivante. La vitalité est colossale. La beauté est  importante. La forme du dessin donne de l’ordre. Cela ramène à l’ordre caché de la nature. Avec cette structure géométrique choisie au départ, l’homme ramène un ordre chiffré et les plantes vont venir créer du désordre apparent. Avec de la connaissance et de l’observation, on découvre l’ordre caché de la forêt. Ainsi le jardin mandala oscille entre chaos et cosmos, cet effet balancier est riche de sens. Outre les légumes et les fleurs, le jardin produit de l’enseignement, de la beauté ; c’est un chemin initiatique. Cette énergie qui émane des mandalas a une implication sur l’environnement. La vie se développe.  C’est une vision holistique où sont intégrés l’humain, les animaux, les éléments.

Construction d'un jardin mandala éphémère à la ferme du Bec Hellouin en octobre 2014 avec Marc Grollimund | photo M.Sargis

1/ Esquisse du jardin mandala éphémère – ferme du Bec Hellouin, octobre 2014 avec Marc Grollimund | photo M.Sargis

Un mandala peut être réalisée à différentes échelles : grande ou petite. Les seules contraintes sont la forme  circulaire et l’orientation. On aménage 4 portes aux 4 points cardinaux pour y inviter les 4 éléments.  La terre, l’eau, le feu, l’air, avec les végétaux correspondants.  Au sud, le feu : la chaleur, les  couleurs vives (oranges, rouges), les notes piquantes, les formes marquées. Au nord, l’eau :  les plantes d’eau à feuillage (salades, choux), les végétaux prostrés, à feuilles charnues. A l’est,  l’air :  l’image du levant, du printemps, la fraicheur, les couleurs pastel ; l’air c’est le mouvement des tiges creuses, les  fleurs découpées,  l’air c’est encore ce qui est lié au vent et aux insectes pollinisateurs. A l’ouest, la terre : le soleil couchant, le retour des énergies solaires à la terre, les formes carrées, les couleurs sombres, et les légumes fortement enracinées, les plantes médicinales.  Le dessin trace des allées fonctionnelles pour relier tous ces massifs afin de pouvoir marcher, se promener et travailler. Telle est la méthodologie.

2/ Jardin mandala éphémère à la ferme du Bec Hellouin en octobre 2014 avec Marc Grollimund | photo M.Sargis

2/ Jardin mandala éphémère à la ferme du Bec Hellouin en octobre 2014 avec Marc Grollimund | photo M.Sargis

3/ Jardin mandala éphémère à la ferme du Bec Hellouin en octobre 2014 avec Marc Grollimund | photo M.Sargis

3/ Jardin mandala éphémère à la ferme du Bec Hellouin en octobre 2014 avec Marc Grollimund | photo M.Sargis

Le sol est très important, et c’est là que la permaculture offre tout son intérêt.  Dans ce mode d’agriculture très pragmatique,  des cultures sur buttes sont souvent alternées avec des planches à plat. Il faut commencer par observer et  tenir compte du sol d’origine, la plupart  ont des carences et apprécient un amendement  avec des fumiers, des composts, des matières organiques existantes sur place : bois broyé, résidus, paille, feuille. En France, la nature est généreuse.

Enchevêtrement de végétaux dans la  forêt jardin - ferme du Bec Hellouin | photo M.Sargis

Enchevêtrement de végétaux dans la forêt jardin – ferme du Bec Hellouin | photo M.Sargis

Sur buttes, on introduit une 3ème dimension entre le ciel et la terre, et la possibilité de réhabiliter des sols pauvres. L’intérêt des buttes est d’aérer le sol, ça les draine, ça apporte de la chaleur,  les sols sont en position perpendiculaire par rapport aux rayonnements solaires. Ensuite il convient d’adopter les bonnes associations de végétaux, de planter avec beaucoup d’abondance. On peut planter serré en permaculture et obtenir des cultures avec des rotations fortes, sans épuiser les sols ! Comme dans les forêts tropicales, qui produisent beaucoup et ne se reposent jamais, grâce à l’activité biologique des sols qui est colossal.  Pour cela il faut protéger le sol quand il est nu, comme dans la forêt.  Dans les jardins mandalas, pour commencer, on peut produire des plantes sauvages qui sont faciles à cultiver et nourrissantes : choux sauvages, pissenlits. C’est la même vibration.

4/ Ronde finale autour du mandala éphémère  - ferme du Bec Hellouin | photo M.Sargis

4/ Recueillement final de tous les co-équipiers autour du mandala éphémère – ferme du Bec Hellouin | photo M.Sargis

Au début il vaut mieux être simple, dans le dessin du mandala et dans le choix des plantes.  Dans les premiers jardins mandalas réalisés par Marc Grollimund sur des terrains déshérités, la production est étonnante. L’énergie  de la forme et le fait de travailler en planche et en butte, crée un drainage des sols, et aussi étonnamment, les animaux prédateurs viennent moins visiter les jardins mandalas. En revanche attention aux pucerons et aux limaces, avec l’excès d’azote. Le mandala n’est pas magique, certes il amène de l’énergie, mais celle-ci comporte des avantages et des inconvénients. L’expérience et l’observation aideront le jardinier motivé à s’adapter en appliquant la fameuse maxime des permaculteurs :  « Le meilleur engrais est l’ombre du jardinier « .

Marc Grollimund est basé à Vézelay. Son association  Terre en Ciel programme  des stages ici !

La ferme école du Bec-Hellouin en Normandie (filmée dans le film documentaire Demain) et son site.