Reportage à Saumur au domaine Les Noades chez Jacky Ripoche

Domaine des noades Saumur

Jacky Ripoche, aime les vins frais et bio | reportage photo @marysesargis

Bien au frais dans sa cave, le vigneron  écoute les cris et chuchotements de sa barrique.

– Écoutez…  dit il dans un murmure, le haut du corps penché au-dessus de la barrique ouverte ;  et à sa suite, chaque membre de notre petit groupe, l’un après l’autre, de poser le creux de l’oreille au-dessus du trou ; et un à un récompensés ! Car aussitôt l’oreille posée, un gazouillis charmant  est venue caresser le tympan ;  « bzz », « bzz »  faisait  le peuple des levures, invisibles comme les lutins des forêts, et enfouies dans l’univers abyssal de la barrique.

Jacky

Jacky, passionné et bon vulgarisateur.

Nous étions tous un peu sous le charme  de ce bzz bzz en repartant vers la maison du vigneron ; à peine distraits en chemin par la vue des champignons noirs et l’humidité suintant des murs du chai. Un bol de bonheur en plein cagnard au mois de juin 2017 – l’année où le Président des États Unis a décidé de se retirer de l’accord de Paris.

Le clos degas

Au domaine Les Noades Le clos Dègas est un blanc,  100% chenin, Le clos Dèfilles est un rouge issu de cabernet franc.

Jacky, c’est Carole qui nous l’a fait découvrir. Le dernier vigneron visité lors de ce week end à Saumur avec le club œnologique autogéré de Vincennes. JeudiVin. Le principe est simple : chacun, à son tour, organise une dégustation avec la thématique de son choix, le dernier jeudi du mois. Ni Dieu Ni maître. Pas de kéké dans le groupe, ni de Madame  J’me-La-Pète ou autre Monsieur Je-Sais-Tout,  chacun turbine à sa manière.  Cette libre attitude est assez rare au sein  de l’humanité où souvent dès les premiers rudiments acquis, l’initié se met à regarder au dessus de la tête de son voisin. Mais à Jeudivin pas d’ça. Une bande de copains.

Domaine Les Noades

Domaine Les Noades.

Revenue à la lumière du jour,  la bande avait adopté Jacky.

C’était couru d’avance. A peine entrés dans la cour,  nous sentions que nous y serions bien, sans  comprendre vraiment pourquoi :  les proportions de  la maison blanche ?   une harmonie indicible…?

A midi, imaginez  notre groupe de curieux, rassemblé autour de la grande table de Jacky protégé des rayons ardents par un large parasol ; dans un coin, une glaciaire avec des bouteilles fraiches,  des verres et un crachoir, pendant que Thomas Pesquet  à bord de la Station spatiale internationale  tournait toujours autour de la Terre à des centaines de kilomètres au-dessus…

Jacky au soleil

Jacky en juin dans sa demeure  d’Argentay.

La dégustation fut l’occasion pour Jacky Ripoche de nous  raconter l’histoire d’un vigneron, qui, un jour, est passé en bio. Ils sont nombreux comme lui à avoir franchi le pas avec la venue des premiers enfants. « La bio nous travaillait avec ma femme, nous nous nourrissions de produits bio« , explique t il. A la vigne, le vigneron commence à adapter le travail ; les rendements faiblissent,  sans pouvoir valoriser le travail accompli faute de label. Bref, c’est insoutenable. La conversion à l’agriculture biologique devient une nécessité et s’opère en 2009. Depuis lors, les 5 hectares de vigne passent au crible des inspecteurs d’Ecocert : deux contrôles par an plus un inopiné. La rigueur de l »agriculture biologique.

Le domaine Les Noades obéit au cahier des charges biologique historique  Nature et Progrès, une façon d’affirmer que,  ici, l’on va plus loin que le règlement européen de la viticulture biologique adopté en 2012 après de multiples bagarres entre pays Européens au niveau des doses de sulfites admises (doses qui auraient dû être abaisser en 2015 mais… qui ne l’ont toujours pas été…)

Ami des chevaux, Jacky ne résiste pas à l’envie d’acheter un poulain ;  après tout, petit, n’en n’avait il pas un ?  Et à ce moment du récit, le front du vigneron se plisse   « ... Vous savez ce qu’on dit : jeune cheval, jeune meneur, c’est compliqué ! Et c’est vrai ! « . Après quelques frayeurs, le vigneron a dû réduire ses ambitions. Si le cheval trône toujours sur la vitrine du site Internet, progressivement, l’animal travaille de moins en moins à la vigne.

ce cœur là...

à Saumur, le coeur de la feuille de vigne…

Quant aux vins, ils ne nous ont pas déçu. Du fruit, de la délicatesse, beaucoup d’amour et de respect  dans ces bouteilles-là. A l’image du cœur formé sur cette feuille de vigne.

Le vigneron nous a prévenu en nous versant son pétillant naturel qu’il ne restait plus que quelques cartons : franc comme une pomme (bio) avec zéro artifice, le Gribulles 2016 nous a mis en joie, et forcément après nous, le stock était encore plus bas.

cabernet franc, grolleau, chenin, chardonnay, les vins de Jacky

cabernet franc, grolleau, chenin, chardonnay, les vins de Jacky, à prix d’ami (de 8 à 15 €).

Puis, à découvrir la couleur rubis – « avec reflets violacés » a bien précisé Bénédicte – du  PIANO-PIANO (majorité cabernet avec une part de grolleau) nous étions encore harponnés. Un nez de grenadine, corsé d’épices mâtiné de cuir en finale.

Ensuite le Saumur Puy-notre-Dame Clos Dèfilles 2015 est venu emplir la bouche d’un jus de cerise charnu et gourmand à souhait avec une sacrée mâche. Du pur jus pour un rabelaisien amoureux de la vie.

Le reste, côté blanc et rosé,  était tout aussi plaisant ; d’ailleurs, il a bien fallut acheter les 7 cuvées, pour pouvoir y revenir tranquillement cet été sous la tonnelle. Ces vins sont faits pour rafraichir un été brûlant. Tous arborent un côté digeste qui donne l’impression de boire une eau spéciale – Jacques Vivet, un dégustateur,  à qui un jour je demandais s’il existait un terme  pour décrire la sensation d’eau dans le vin, sans que cela soit un défaut, a avancé pour moi le terme d’eau végétale.

La visite aurait pu s’arrêter là, mais le mois de juin en a décidé autrement, notre dernier hommage fut un passage sous le cerisier familial à l’invite de notre vigneron hospitalier.

Après avoir chargé de cartons le coffre de nos voitures, notre petie groupe a gagné les berges d’un étang pour un déjeuner sur l’herbe où il ne manquait absolument rien. Merci Jacky !

Les Noades

Les Noades | reportage photo @marysesargis

 

Domaine « Les Noades »
35, rue du Puy – Argentay
Les Verchers sur Layon
49700 DOUE EN ANJOU
02.41.59.72.24
​06.27.59.70.22