Une année 2011 cruciale pour les ostréiculteurs et les mangeurs d’huîtres

En France, l'association des ostréiculteurs traditionnels demande un moratoire sur les huîtres triploïdes (photo M.S).

GaultMillau N° 46 – Le tête à tête du dernier numéro de GaultMillau met les pieds dans le plateau : mangerons nous encore des huîtres au prochain noël  ?

Eric Marissal, l’ingénieur agronome “inventeur” de l’huitre triploïde et Louis Teyssier, ostréiculteur normand traditionnel (Gaec Thalassa distribution) et membre de l’association des ostréiculteurs traditionnels qui  regroupe 50 ostréiculteurs traditionnels sur 3 000 au niveau national, échangent leurs arguments.

Le problème urgent : les huîtres meurent en masse dans tous les bassins dans leur première année de vie :  80 % de mortalité en 2010 ! Les réserves des ostréiculteurs s’épuisent. Ils doivent renouveler leurs stocks de naissains pour les trois prochaines années. Ceux qui captent les huîtres dans le milieu naturel se plaignent aussi. La pénurie guette. Les prix ont déjà augmenté. Un virus OsHV en  la cause depuis trois ans.

Un plan national de repeuplement a été  décidé afin de refaire ce qui avait été réalisé en 1970 avec de nouvelles variétés,  basé sur des familles résistantes de diploïdes dont on ignore encore si elles vont résister. Dans l’urgence, un autre plan de sauvegarde décidé par l’Ifremer et le CNC (comité national de conchyliculture), celui là avec 100 % de triploïdes,  a été lancé pour assurer des naissains rapidement,  avec de fortes craintes de mortalité.

Pourquoi 100 % de triploïdes ? L’Ifremer ne dispose que de 7 familles résistantes à ce jour,  il existerait  un risque de consanguinité dans la population sauvage.

Avouons le… la technicité du débat rebute une grande majorité de consommateurs.

Sachez que la mortalité des huîtres frappent sans distinction les diploïdes c’est à dire les huîtres conformes à leur nature originelle, et les triploïdes c’est à dire celles qui sont fabriquées par  les écloseries  spécialement pour éviter la laitance estivale. Pas de raccourci hâtif néanmoins, les diploïdes peuvent sortir aussi bien  des écloseries, qu’être captées dans la mer naturellement.

En arrière plan un autre débat demeure non tranché : Les huitres stériles triploïdes mises au point par l‘Ifremer il y a quinze ans ont elles fragilisé le milieu et sont elles la cause de la mortalité qui sévit actuellement  dans tous les bassins français, voire au-delà ? L’association des ostréiculteurs traditionnels a intenté un recours en justice contre l’Ifremer. Elle l’accuse de ne pas avoir joué la transparence et demande des comptes. L’association demande un moratoire sur les huîtres triploïdes.

Pour Eric Marissal, la domestication  d’animaux sauvages ne dure jamais  longtemps, l’histoire l’a montré précédemment et l’épidémie actuelle s’inscrit dans un cycle naturel bien connu.

Pour Louis Teyssier, les huîtres triploïdes ont changé la règle du jeu  notamment en instaurant la course au rendement avec des animaux qui poussent en 2 ans au lieu de 3 ans !

L’ostréiculture vit actuellement une course contre la montre :  la  base génétique de résistance  est très faible. Pour atteindre un taux de  50 % de résistance qui est le taux de rentabilité minimum  d’une entreprise ostréicole il faut  2 ou 3 ans. Mais  dans l’intervalle, le virus peut aller plus vite, et si  cette année  il n’y a pas de captage…  cela serait rédhibitoire. Mais déjà, après trois années de mortalité consécutives,  nombre d’entreprises sont au  bord du dépôt de bilan…

Pour tout savoir sur cette question problématique :  magazine GaultMillau n° 46 de janvier.